Depuis leur création (le Goncourt existe depuis 1903), les prix suscitent à la fois fascination, dédain et activisme passionné.

De fait, en marge des grands prix (Goncourt, Renaudot, Fémina, Médicis, etc), quelque 1.150 prix littéraires - 1.850 en comptant les distinctions et résultats de concours littéraires divers - sont régulièrement attribués chaque année en France et l'actualité des prix ne s'arrête quasiment jamais, chacun d'entre eux étant âprement défendu par son "parrain" sponsor, du prix du Premier roman à celui d'Europe 1 en passant par le Prix du livre d'investigation, Populiste, Exbrayat, RFI-Témoin du monde, Cognac de la critique littéraire, Jean Monnet de littérature européenne, Roman historique de Blois, de Littérature policière, Laure Bataillon, de l'Imaginaire 2000, du Musée de l'armée, etc.

Chaque année, en automne, les milieux littéraires se mettent en ébullition dans l'attente de la vague des grands prix qui déferle généralement la première quinzaine de novembre. Du côté de Saint-Germain-des-Prés, les rumeurs, parfois savamment distillées par les éditeurs, alimentent les dîners en ville qui réunissent éditeurs, auteurs et critiques. L'enjeu est de taille puisqu'un Goncourt - le plus "vendeur" des prix - se vend à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires. D'autres prix, moins connus, sont parfois accompagnés de dotations importantes à l'auteur élu: 500.000 F par exemple pour le prix Cino del Duca. Le Pdg des éditions de Minuit, Jérome Lindon, a résumé le sentiment de la profession: "Si les prix ont pour vocation de faire acheter au grand public des livres plutôt que des boîtes de chocolat, c'est excellent pour les libraires et les livres". Mais certains acteurs du secteur dénoncent des choix parfois discutables et surtout ce qu'ils considèrent comme des "magouilles", liées notamment à la composition des jurys qui ont tendance à perdurer.

Quarante ou cinquante noms règnent en maître pendant de nombreuses années dans ces réunions alors que dans plusieurs grands prix littéraires étrangers, anglo-saxons entre autres, la quasi-totalité des membres changent chaque année. En France les membres des principaux jurys sont aussi très choyés par les éditeurs qui n'hésitent pas à leur assurer les meilleurs éditions (Gallimard proposa notamment à Hervé Bazin, Président de l'Académie Goncourt, de le publier de son vivant dans la prestigieuse collection de la Pléïade) et à leur verser de royales avances financières. La postérité prend aussi souvent à contre-pied les choix de ces jurys aux certitudes les mieux ancrées. En 1932, le prix Goncourt fut par exemple décerné au fade Guy Mazeline pour Les loups, face au génial Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline.

La crédibilité de ces grands prix d'automne étant entachée, la confiance d'une frange du lectorat s'est depuis quelques années reportée sur des jurys populaires et non professionnels et on note la montée en puissance des prix décernés au printemps par le public: l'important Prix Livre Inter - décerné par les auditeurs de France Inter et devenu une sorte de prix Goncourt des médias - Prix RTL-Lire, Prix Internet du Livre, Prix des Lectrices de Elle, etc., même si les "parrains" se révèlent être dans bien des cas de grands médias aussi peu crédibles en la matière et à qui l'on peut opposer des critiques encore plus sévères qu'aux jurys traditionnels.



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Nathalie HEINICH L'épreuve de la Grandeur: Prix littéraires et Reconnaissance
Bertrand LABES Le Guide Cartier 2000 des Prix et Concours littéraires
Eugène SACCOMANO Goncourt 32 Flammarion